🏷️1998 : La grande réforme administrative qui a simplifié… en détricotant le sur mesure de l'orthopédie.
Feuilleton – Épisode 2
✨ « À la fin des années 1990, un changement administratif apparemment technique allait bouleverser l’une des filières professionnelles des plus anciennes et des plus humains de la santé française. »
🇪🇺 — 1. Le contexte européen : l’illusion de l’harmonisation
À la fin des années 1990, la France s’engage dans une harmonisation accélérée de notre système de santé avec l’Union Européenne.
L’arrivée de l’euro, en 2000, impose un rapprochement des systèmes sociaux, des nomenclatures, des règles de remboursement et des pratiques administratives.
Dans ce mouvement, la
podo‑orthèse française, réputée pour
sa précision et son exigence technique, devient une cible prioritaire.
Pourquoi ?
Parce que sa nomenclature était :
- Trop détaillée,
- Trop artisanale,
- Trop technique,
- Et surtout…
trop coûteuse pour un modèle européen déjà orienté vers les orthèses préfabriquées et les chaussures de série adaptées.
🪖 — 2. Avant 1998 : un héritage militaire et un savoir‑faire national
Jusqu’en 1998, le
grand appareillage sur mesure n’était pas géré par la Sécurité sociale, mais par :
👉
Le Ministère des Anciens Combattants et des Mutilés de Guerre
Cet héritage remontait à la médecine militaire des campagnes napoléoniennes :
Une culture du soin rigoureuse, technique, précise, où chaque blessé devait être appareillé avec respect et exactitude.
La nomenclature française reflétait cette tradition :
- Le choix des cuirs,
- Les renforts et les matériaux internes insérrés
- L'acier, les cambrions bois, les contreforts prolonger en avant, en hauteur, renforcés
- Les œillets, les crochets, les lacets, le nombre de velcro
- Les hauteurs précises indiquées (basses, montantes, +4 cm, +8 cm…),
- Le ou les moyens de fermetures (éclair, velcro, brides, boucle,...)
- La description des appareillages spéciaux,
- L'adaptations spécifiques (tuteurs acier, fourreaux, équerres…), qui pouvait être contrôlé par radio,
- Les suppléments pour déformations sévères,...
Chaque élément était codifié, décrit, contrôlé, justifié, techniquement et médicalement.
Les contrôleurs des Anciens Combattants étaient eux‑mêmes des professionnels du métier :
ils savaient ce qu’ils inspectaient, et pourquoi.
👉
Aucun appareillage n’était livré sans contrôle physique et administratif.
👉
Les artisans étaient reconnus pour leur savoir‑faire technique, médical et social.
⚙️ — 3. Après 1998 : la simplification brutale
🏭 — 4. Les industriels gagnent du terrain
- Moins de détails => moins de contraintes,
- Moins de contraintes => plus de place pour la production standardisée.
En parallèle, en 1998, les
pharmaciens sont autorisés aussi à vendre de l’orthopédie de série :
➡️ Chaussures post‑opératoires,
➡️ Chaussures de série adaptées (CHUP, CHUT),
➡️ Chaussons orthopédiques,
➡️ Orthèses préfabriquées.
Le marché européen voulait exactement cela :
- Des produits préfabriqués,
- Moins durables,
- Plus “consommables”,
- Plus rentables.
Le sur‑mesure français devenait :
- Trop complexe,
- Trop lent,
- Trop cher,
- Trop artisanal.
👉 La réforme des formations deviendra alors inévitable
(Épisode 3), pour supprimer la savoir-faire.
⚔️ — 5. Les tensions : artisans vs industriels
Cette réforme déclenche une série de conflits professionnels :
- Les artisans défenseurs du vrai savoir-faire sur‑mesure,
- Les industriels pharmaceutiques soutenus par les pouvoirs publics,
- Une représentation syndicale professionnelle très divisée,
- Des offres de services public à prix cassé, moyennant des rétrocessions de facture,
- Dans certains hôpitaux, les appels d’offres étaient même parfois clairement orientés.
En cette période 1998-2002, certains fournisseurs comme La
SARL GOUAULT qui refusaient toute malversation se voyaient réprimés, surcontrôlés, harcelés par l'administration de tutelle.
Raison qui l'ont conduit à refuser le marché… avec perte et fracas.
Les artisans se retrouvent donc marginalisés !
faute de personnel formé,
faute de reconnaissance,
faute de soutien institutionnel.
🧠 — 6. Une conséquence majeure : la perte de la culture technique
En simplifiant la nomenclature, l’administration a simplifié… sa propre compréhension du métier.
- Les contrôleurs ne savent plus ce qu’ils doivent contrôler.
- Les prescripteurs confondent podo‑orthésistes et pédicures‑podologues.
- Les prescriptions médicales n'ont même plus les mêmes valeurs professionnelles entre les professionnelles de santé,
- Les patients reçoivent des produits non adaptés.
(semelles proprioréceptrices ou magnétiques, pour des semelles orthopédiques, CHUP pour chaussures orthopédiques sur mesure, etc...)
- Les compensations sont parfois opposées
aux besoins réels.
- Les artisans perdent leur statut, leur rôle, leur visibilité.
La qualité du soin s’effrite totalement surtout depuis 2018, avec la confusion totale du podologue et podo-orthésiste qui est le seul orthopédiste du pied, spécialiste de la marche, de l'équilibre et de la déambulation.
Le sens du métier aussi.
🎯— Conclusion : une réforme qui a changé bien plus que des codes
La réforme de 1998 n’a pas seulement simplifié la nomenclature.
Elle a ouvert la porte à une transformation
profonde du métier avec
:
- Moins de technique,
- Moins de contrôle qualitatif,
- Plus d’industrialisation,
- Plus de standardisation,
- Plus de pression économique,
- Moins de reconnaissance pour l’artisanat.
Elle explique :
- La pénurie de main‑d’œuvre,
- L’externalisation hors Europe,
- La perte de culture professionnelle,
- La confusion des rôles,
- Et un glissement philosophique.
Une vision du corps standardisé, consommable, adaptable —
Prémices d’une idéologie techniciste qui influence aujourd’hui la santé européenne.